«

»

Mar 18

Crédit Mutuel Arkéa : quand le mot “liberté” sert de paravent !

Je suis sociétaire du Crédit Mutuel depuis plus de 30 ans, une banque mutualiste et coopérative. Du moins je le croyais. Comme je vis dans le Morbihan, je suis sociétaire du Crédit Mutuel Arkéa qui regroupe le Crédit Mutuel de Bretagne mais aussi le Crédit Mutuel du Sud-Ouest et celui du Massif Central.

Alors que face aux géants de la finance mondialisée, l’heure serait plutôt aux regroupements, la direction d’Arkéa me propose, comme à tous les sociétaires, un grand saut dans l’inconnu : quitter la Confédération nationale du Crédit Mutuel pour créer une nouvelle banque régionale.

Les mots sont forts et bien choisis, « indépendance », « liberté », et la mise en scène jouant sur la fibre régionaliste a été particulièrement travaillée (surtout en Bretagne) et pourrait donc convaincre une majorité de sociétaires.

Pourtant la situation n’est pas si simple. Si le monde financier n’était rempli que de bons sentiments, cela aurait fini par se savoir, non ?

Il parait que le CMB (Arkéa dans son ensemble) serait totalement bridé dans son développement par la Confédération nationale. Confédération dont il faut rappeler qu’elle est le garant des valeurs mutualistes d’origine et qu’elle permet de bénéficier d’une notoriété sans égale dans le paysage bancaire français. Pourtant les indicateurs économiques d’Arkéa sont clairement au vert depuis des années, de l’avis même de ses propres dirigeants, et rien ne laisse penser, si ce n’est des affirmations sans preuves apportées, que son autonomie, son développement ou sa liberté d’entreprendre, seraient menacées.

La quasi-totalité des décisions de justice qui ont été rendues sur le fond condamnent d’ailleurs ce qui apparait plutôt comme un abandon de la solidarité normale lié à l’appartenance à un groupe mutualiste.

Surtout, les autorités de régulation bancaire, française et européenne, mettent en garde sur la validité juridique du projet comme sur sa pertinence financière avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur les clients comme sur les salariés.

Les syndicats ont d’ailleurs exprimé leur inquiétude et leur nette préférence à un maintien au sein du Crédit Mutuel. Mais difficile pour eux de rivaliser avec la direction qui organise début avril une grande manifestation à Paris…pour laquelle les employés sont invités à s’inscrire “nominativement” ! Bien sûr c’est organisé par “un collectif de salariés”…mais tous les frais seront payés et il n’y aura pas de perte de salaire ! Excusez-moi, mais en tant que sociétaire je m’interroge sur l’utilisation de mon argent !

Outre le fait qu’une nouvelle banque Arkéa devrait affronter la concurrence des caisses du Crédit Mutuel qui seraient, à n’en pas douter, rapidement ouvertes, les questions sont nombreuses : quelle forme juridique pour la nouvelle banque ? quel agrément bancaire ? quelle gouvernance ? (banque classique ou mutualiste ?) quelle solidité et quelle pérennité ? quid des emplois à moyen terme ?

J’aime les mots « coopératif et mutualiste », je crains que nous soyons en train de les perdre ! J’aime aussi les notions de liberté et d’indépendance. Mais pas quand elles sont là pour servir de paravent à une simple opération financière, ou, ce qui serait aussi grave, à une bataille d’égos sur le dos des sociétaires.

C’est quand même le président actuel Jean-Pierre Denis qui affirmait dans le Monde en octobre 2007 quand il est devenu vice-président d’Arkéa: ” J’ai vocation à prendre la présidence du groupe et à jouer un rôle à la Confédération du Crédit Mutuel ” …et  on parlait bien de la Confédération nationale aujourd’hui décriée !

Les “mots” peuvent paraitre beaux, espérons qu’ils ne se transforment pas en “maux” simplement pour assouvir des appétits de pouvoir !

                                              ******************************************

PS : Lire la passionnante et très documentée enquête de Médiapart du 2 mars 2018, intitulée “La délirante guerre de sécession du Crédit mutuel Arkéa ” qui évoque aussi les salaires mirobolants des actuels dirigeants d’Arkéa qui les situent, si l’on compare avec le classement du magazine « Challenges », au niveau de patrons du CAC 40…sans oublier leurs juteuses retraites chapeau…et des indemnités, an cas de rupture de leur contrat de travail, ” complémentaires aux dispositions légales ou conventionnelles d’un montant égal à 2 ans de rémunération conformément aux recommandations AFEP-MEDEF* ».  Pas mal pour une banque régionale …mais un signal inquiétant de plus dans le domaine des “valeurs” !

  • AFEP : Association Française des Entreprises Privées…plus communément dénommées  “Multinationales” !

 

13 pings

Passer au formulaire de commentaire

  1. Jean-Pierre Denis, « bonnet rouge » ou « gros bonnet » ? -- GUIREC – Le Monde...

    […] sa part, l’ancien député du Morbihan et sociétaire du Crédit Mutuel depuis plus de 30 ans, Philippe Noguès, le 18 mars dernier sur son site […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.