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Mon entretien au journal “Le Progrès Social” – 08/04/2016

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« Proposer une autre expression »

Ancien député frondeur, las des petits jeux politiciens, Philippe Noguès aspire à faire de la politique autrement, en repartant de la base, des territoires, en se détachant des partis qui « broient les idées et les initiatives ». Estimant que son engagement tardif dans la politique doit servir les citoyens et non quelques intérêts particuliers, c’est dans cette perspective qu’il a lancé le mouvement Voix de Gauche au printemps 2016.

LE PROGRÈS SOCIAL

Vous avez initié un mouvement appelé « voix de gauche » le 25 mars 2016. Quels sont ses objectifs et ambitions ?

PHILIPPE NOGUÈS

Le constat est simple : non seulement la gauche est explosée, mais visiblement aucune de ses composantes ne répond plus aux attentes des citoyens. Parce qu’elle a déserté le terrain des idées, des valeurs, elle a laissé la droite et l’extrême droite mener le combat culturel. Personne ne peut se réjouir de cet état de fait. Le peuple de gauche n’en finit plus de perdre ses repères quand les partis ont égaré leurs boussoles.

Le traditionnel clivage gauche-droite qui a rythmé la vie politique de notre pays depuis des dizaines d’années, est de plus en plus souvent remplacé dans l’esprit de nos concitoyens par le clivage peuple/élites. Les récentes révélations de la presse sur la fraude fiscale à grande échelle d’une partie de l’élite mondialisée renforcent encore ce sentiment. Pourtant je suis persuadé que les moments de fébrilité, de crises, peuvent devenir paradoxalement des moments d’audace et au final une chance de se réinventer collectivement. Et il est temps d’oser le risque et l’audace sous peine de disparaître ! Si nous savons nous appuyer sur ce qui nous rassemble, la diversité de nos sensibilités politiques sera au final une richesse. Elle nous permettra, à partir des valeurs qui ont fondé son ADN, de bâtir le nouveau logiciel d’une gauche prête à affronter les défis sociaux, environnementaux et économiques du monde d’aujourd’hui et de celui de demain.

L’objectif de Voix de Gauche c’est ça. Sortir de cette politique sans imagination, fédérer l’ensemble des forces de gauche pour reprendre le combat culturel. L’ambition est de devenir un espace commun pour l’ensemble de la gauche, un espace de dialogue, de refondation, de création, de résistance. Et c’est parce je suis persuadé que ce mouvement ne peut provenir que d’une ambition citoyenne, qu’il doit naître dans nos territoires, nos départements, nos régions ! C’est la raison pour laquelle Voix de Gauche est née en Bretagne, avec évidemment l’espoir que le mouvement pourra ensuite résonner ailleurs, dans d’autres territoires, dans d’autres régions françaises.

LE PROGRÈS SOCIAL

La porte parole d’Ensemble ! Clémentine Autain, le Député européen Vert Yannick Jadot ou encore l’ancien ministre Pierre Joxe figurent parmi vos soutiens. Est-ce que vous souhaitez une recomposition de la gauche ?

PHILIPPE NOGUÈS

Vous le constatez, ces personnalités de gauche qui m’ont apporté leur soutien ne viennent pas tout à fait des mêmes horizons, mais elles appartiennent à la gauche qui ne veut pas se résigner. C’est un encouragement à persévérer, parce que bien sûr, la survie de la gauche passe par une refondation… et forcément par beaucoup de difficiles remises en questions pour ses nombreuses familles. Au-delà de l’échec de ce gouvernement c’est toute la gauche qui va mal !

C’est notre République et nos pratiques démocratiques qui sont à bout de souffle. Ce sont nos partis politiques de gauche qui sont à bout de souffle. Je sais que ceux qui n’ont pas participé au gouvernement ces dernières années peuvent avoir la tentation de se sentir exempts de tout reproche. Mais personne n’est exempt de reproche ! La situation de la gauche est trop grave pour que chacun n’y ait pas sa part de responsabilité… pour le passé comme pour l’avenir.

LE PROGRÈS SOCIAL

Est-ce qu’il s’agit d’un « débouché » politique « des #frondeurs » dont vous étiez l’un des animateurs ?

PHILIPPE NOGUÈS

Même s’il a soulevé des attentes et des espoirs, le mouvement des « frondeurs » a échoué politiquement. L’alternative viendra de l’extérieur des partis, de l’extérieur de la classe politique proprement dite, c’est-à-dire des citoyens eux-mêmes. Et je suis fier de constater que près des 2/3 des signataires et adhérents de Voix de Gauche sont des citoyens non encartés dans un parti politique. C’est un mouvement qui monte pour répondre à l’aspiration de citoyens qui ne se retrouvent plus dans l’offre politique traditionnelle de gauche qu’il nous faut absolument réinventer.

Car si notre adversaire, c’est la droite libérale et réactionnaire, notre ennemi, le véritable danger, c’est la résignation. Celle qui nourrit le Front national, celle qui détruit l’esprit de liberté et de souveraineté du peuple.

LE PROGRÈS SOCIAL

Vous dites que « la gauche a encore un avenir ». Est-ce une manière de dire votre opposition à la politique actuellement menée par le gouvernement qui a fait une croix sur les valeurs de «gauche»?

PHILIPPE NOGUÈS

Après quatre ans de gouvernement socialiste le fossé entre le peuple de gauche et les politiques est devenu un abîme. La faute au Président de la République et aux gouvernements successifs qui n’ont pas respecté les engagements qu’avaient cru entendre nos concitoyens, mais aussi à nos institutions et aux pratiques de la Vème République.

Le sentiment d’impuissance de la classe politique qui semble incapable de répondre aux défis du présent accentue encore son discrédit. Il est donc urgent de proposer une autre expression, une autre parole. C’est la raison de la création de Voix de Gauche. Retrouver le sens de la sincérité, de l’honneur, de l’humain, pour proposer avec tous ceux qui n’acceptent plus les compromissions et les petits jeux politiciens, un autre chemin pour une autre société. Oui le pari est vaste et ambitieux, mais au niveau de la gravité de la situation.

LE PROGRÈS SOCIAL

Comment vous situez-vous par rapport à la «Loi Travail » actuellement ?

PHILIPPE NOGUÈS

Je suis profondément opposé à l’esprit même de ce texte et notamment à l’inversion des normes. Il s’agit de subordonner les droits des salariés à ceux de l’entreprise. Tout le contraire de ce pour quoi a été créé le Code du Travail. Et ce n’est pas l’ajout du Compte Personnel d’Activité (CPA), dont l’ampleur reste d’ailleurs pour le moment très limitée, qui pourrait me faire changer d’avis. Le CPA est présenté par le gouvernement comme LA mesure sociale du quinquennat. C’est une mesure qui va dans le bon sens, certes. Pourquoi alors ne pas en avoir fait un texte spécifique qui l’aurait mieux mis en lumière, plutôt qu’entre plusieurs mesures qui risquent, elles, de faire reculer les droits des salariés ? Membre de la commission des Affaires Sociales, je serai particulièrement investi contre le projet de Loi El Khomri.

LE PROGRÈS SOCIAL

Vous semblez être très attaché à la notion de «Justice Sociale », quelles seraient les mesures d’urgence à mettre en place ?

PHILIPPE NOGUÈS

Quelques mesures d’urgence ? D’abord, il faudrait tenir un des grands engagements de campagne de François Hollande en 2012 : une réforme fiscale d’ampleur. Cela devait être une des priorités ! Ensuite, nous devrions réorienter les aides aux entreprises en priorité vers les PME et les TPE, il n’est pas normal que l’argent public serve à payer les dividendes des dirigeants du CAC40. On pourrait bien mieux utiliser cet argent, en réinvestissant massivement dans les Services Publics, comme la santé par exemple. Homme de gauche, je suis évidemment très attaché à la notion de «Justice Sociale ». Et si j’insiste particulièrement sur cette notion, c’est parce qu’elle me paraît devoir être à la base de toute réforme de gauche. Parce que oui, nous voulons, nous aussi, réformer la société, mais pas comme l’ont fait Sarkozy, ou malheureusement aussi les gouvernements de François Hollande : partage du temps de travail, meilleur accès au logement, revenu de base, lutte contre l’évasion fiscale… Oui le monde évolue, mais ce n’est pas nouveau. Le monde évolue et les tenants de la pensée « unique », libérale et inégalitaire, ne voudraient nous laisser qu’un seul choix : s’adapter ou mourir. Mais la politique, la démocratie, ce n’est pas le darwinisme. Le monde évolue mais nos valeurs communes ne m’ont jamais parues aussi actuelles. Et c’est sur elles que des réformes de gauche devront s’appuyer : l’égalité, la justice sociale, la solidarité, un meilleur partage des richesses, et bien évidemment aussi la protection de la planète.

LE PROGRÈS SOCIAL

Vous avez conscience qu’il ne faut pas construire « un front d’appareils politiques mais un front de citoyens ». Quelle différence actuelle avec le Front de Gauche? Comptez-vous le rejoindre ?

PHILIPPE NOGUÈS

Pour refonder la gauche, rebâtir son logiciel, il n’est pas question d’additionner des partis comme on le fait lors des échéances électorales. Il n’est pas question de construire un front d’appareils politiques, mais un front de citoyens ! Redonner de la fierté au peuple, qu’il ressente de nouveau sa responsabilité de décider !

Et si le Front de gauche a eu cette ambition au départ, les guerres intestines semblent avoir largement compromis sa réalisation. Ce que j’appelle de mes vœux, c’est une structure bien plus large, ouverte à tous les citoyens, associés, encartés ou individuels. Il faudra évidemment ensuite fédérer ces mouvements. Mais la première étape c’est bien de repartir de la base, repartir des citoyens. Ce sera difficile, les obstacles seront nombreux, mais, au moins, que l’on ne me reproche pas d’essayer !

 

Lien vers le site internet du quotidien “Le Progrès Social” –> http://leprogressocial.fr

(1 commentaire)

  1. DUFOUR DIDIER

    Mr Nogues, il est temps de nous aider à faire une réunion publique pour débattre de la primaire à gauche.
    Ce doit être à Rennes.
    Contactez moi …

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