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Juil 29

“Têtue la fronde” … Mon portrait selon Libération

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Peu connu, le député du Morbihan est le seul frondeur à avoir quitté le groupe PS et rendu sa carte. Solitaire mais sincère.

Par LAURE EQUY

C’est un claquement de porte… qui n’a pas fait trembler les fondations. Lorsque le député Philippe Noguès a annoncé, il y a un mois, qu’il quittait le groupe SRC (socialiste, républicain et citoyen) et rendait sa carte du parti, le PS n’a pas eu de mal à encaisser l’onde de choc. Pas d’insomnie angoissée à Solférino, pas d’ulcère chez les éléphants. Le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a à peine levé un sourcil. Quant à Bruno Le Roux, il se porte comme un charme. «Pas besoin des frondeurs», a-t-il lâché. Le chef de file socialiste à l’Assemblée a même salué le départ de cet élément hostile, lui accordant au moins la fidélité à ses convictions. Bon vent, bonne mer, bon débarras. Ces deux-là se savaient peu d’atomes crochus. Quand l’élu du Morbihan a commis le crime de lèse-Valls en refusant de voter la confiance, il raconte avoir été talonné dans l’Hémicycle par un Bruno Le Roux tout colère : «Tu es irrécupérable !» Certains ex-camarades haussent les épaules sur l’air un rien condescendant du «qui connaît Philippe Noguès ?».

Bien sûr, un Benoît Hamon ou un Christian Paul qui prendraient leurs cliques et leurs claques auraient fait un barouf du diable. Mais les poids lourds ne sont pas les seuls autorisés à se rebiffer. D’autant que notre sexagénaire n’a pas pris ses jambes à son cou du jour au lendemain. Elu pour la première fois député en 2012, il traîne comme un boulet son étiquette PS dès le quinquennat entamé. Après le traité budgétaire européen, d’autres couleuvres restent à avaler : CICE, pacte de responsabilité, «le début de la fin». Moins bruyant que d’autres frondeurs, Noguès, fines binocles, sourire chaleureux et carrure pas épaisse, est un inflexible. Les statistiques sont formelles : c’est lui qui a le moins voté avec son camp. Il a soutenu à peine 30 % des textes. Le congrès «raté» et le 49.3 dégainé sur la loi Macron ont rempli la coupe à ras bord.

Une boule s’est quand même logée dans l’estomac de Noguès quand il a fallu franchir le cap. La veille, un peu stressé, il annonce sa décision aux autres frondeurs attablés dans un restaurant italien de la rue de Bourgogne (VIIe arrondissement de Paris). La plupart des réfractaires à la ligne Hollande-Valls tentent de le raisonner . Philippe Noguès campe sur son ras-le-bol. Tant pis, il quitte le PS sans se retourner. Entêté de Breton.

Il n’en démord pas. Ce sont les autres qui ont dérivé quand lui n’a pas bougé. «Pour être socialiste, aujourd’hui, il faut être à la gauche du parti, tant il a dérapé à droite. Ce n’est pas moi qui ai trahi, c’est le PS qui a basculé du côté obscur de la force.»

Lui-même, un temps, a frayé avec une ligne plus social-libérale. Philippe Noguès est un «adhérent à 20 euros» de la campagne lancée en 2006 pour grossir les rangs contre Nicolas Sarkozy. Délégué CFDT, il vient du privé. L’ancien fumeur occasionnel «festif» est directeur régional de Philip Morris. Et soutient… DSK, «toute honte bue». Pas le profil d’un gauchiste forcené.

Deux ans plus tard, il devient maire adjoint d’Inzinzac-Lochrist, bourg de 6 000 habitants et ses anciennes forges, une poche de socialisme ouvrier. Mais l’élu n’est pas en odeur de sainteté auprès des instances PS du Morbihan, fédération on ne peut plus hollandaise tenue par Jean-Yves Le Drian. «Philippe a une façon très solitaire de faire de la politique. Il se positionne sur un sujet et ne bouge plus. Ce n’est pas de la conviction, c’est de la rigidité», assène Maxime Picard, patron de la fédé. L’intéressé se diagnostique lui-même «un tempérament individualiste poussé». Mais les Don Quichotte ont-ils leur place en politique ? «Il va à la rupture, mais même avec de belles idées, on ne peut pas faire de politique sans les autres, décrypte Paul Molac, député apparenté Europe Ecologie-les Verts (EE-LV) du Morbihan. A un moment, il faut chercher un consensus.» Jouer le jeu quitte à en rabattre.

Militant sur le tard, Noguès se vit mieux en solitaire qu’en minoritaire. Pas question de rempiler au Front de gauche ou ailleurs. A l’Assemblée, il est tombé dans le trou noir des non-inscrits. Désormais, il siège dans l’hémicycle à côté de Sylvie Andrieux (condamnée pour détournement de fonds et exclue du PS), a hérité d’un bureau plus exigu, «proche d’un placard». Il rêve de «faire sortir d’autres» collègues excédés. Il le chuchote sur un air de mystère comme on complote une évasion. Mais ce n’est pas une hémorragie qui se prépare.

Dans cette affaire, il n’avait guère à gagner. Tactiquement, ça tient du coup d’épée dans l’eau. «C’est un geste de respiration», analyse Laurent Baumel, député frondeur. «Il étouffait, c’était une décision de bien-être, confirme Pouria Amirshahi. Il est lucide sur un parti qui l’ennuie profondément. Philippe est un symptôme.» D’un ténor qui prendrait la tangente, on aurait soupçonné un calcul politique type «ralliez-vous à mon panache blanc». Le départ de Noguès en dit plus long sur l’exaspération d’une partie des troupes.

Le député revendique son côté «Français lambda». Il dit, comme on tend un CV, qu’il n’a fait ni l’ENA ni Sciences-Po. Il n’a pas le bac. Il a planté ses révisions en 1973 pour partir voyager en Europe. Une virée au cours de laquelle il rencontre sa femme, avec laquelle il a une fille. De retour à Lorient, il rentre chez Philip Morris comme commercial. «Mon boulot m’intéressait peu donc j’ai trouvé des activités à côté, syndicalisme, équitation. Comme 95 % des Français.»

Petit, fils d’une famille bretonne catho de cinq enfants, il se passionne pour les joutes politiques, se souvient d’un débat Mitterrand-De Gaulle qu’il écoutait sur un vieux poste Schneider, soutenant «le David» de gauche quand son père, contrôleur des impôts, admirait le général «Goliath». «On débattait, on s’engueulait sur la politique. Comme 90 % des Français.» Lecteur de Roth et de Modiano, il «regarde le foot comme tout le monde». Un échantillon représentatif, on vous dit.

Depuis un mois, il regarde, émerveillé, sa boîte mail crouler sous les soutiens d’anonymes déçus de Hollande. Philippe Noguès savoure cette petite notoriété naissante : «L’autre jour, j’ai mis deux heures à faire mes courses au Leclerc d’Hennebont. Les gens me tapaient sur l’épaule !» Voire, il marche un peu sur l’eau : «Mon geste rencontre un écho. J’ai créé une attente, ils espèrent quelque chose de moi. C’est impressionnant, mais on se sent responsable.» Si sa carrière politique s’arrête à la fin de son mandat, il n’en fera pas un drame. Mais il retentera sa chance aux législatives de 2017, sans bannière PS cette fois. «Les électeurs veulent des élus proches de la population, qui leur ressemblent», croit-il. La revanche d’un monsieur Tout-le-Monde. Un «candidat normal», quoi. Déjà entendu ça quelque part…

(2 commentaires)

  1. lidou

    Continuons une politique à l’échelle humaine,loin des consignes des appareils,enfin quelqu’un de comprehensible

  2. Marc

    Paris n’est pas la France! En politique, environnement, économie, sécurité. La région a besoin de talents et d’hommes sans compromis.

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