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Juin 25

Je suis député socialiste, je le reste…je quitte le PS !

P1250451Depuis de longs mois, avec mes camarades frondeurs, je me bats pour infléchir la ligne économique du gouvernement dans un sens plus favorable aux salariés, aux classes moyennes et populaires. Force est de constater que nos efforts ont jusqu’ici été vains. Bien sûr nous avons dérangé politiquement, mais le chemin tracé vers une société de plus en plus libérale n’a pas varié. Pire même, l’idée qu’aucune alternative n’était possible continue à imprégner les esprits et accentue encore le brouillage idéologique. L’espoir de pouvoir transformer les choses de l’intérieur que ce soit au sein du PS ou du groupe parlementaire à l’Assemblée nationale s’est peu à peu évanoui.
Dans le pays le fossé entre les citoyens et la politique n’a jamais été aussi large. Tous les partis sont touchés, de gauche ou de droite, à l’exception du FN qui prolifère sur nos manques, nos incohérences et nos reniements. Et pourtant….

Au début…

Il y a 3 ans jour pour jour, nous étions plusieurs dizaines de nouveaux députés socialistes à nous réjouir de notre élection. Je m’en souviens comme si c’était hier : cette fierté d’avoir été choisi par une majorité des électeurs de ma circonscription. Je n’étais pas naïf, je connaissais les institutions de la Vème république et cette obligation pour le Président nouvellement élu d’avoir une majorité à l’Assemblée nationale pour pouvoir mettre en application son programme. Mais tout était possible.

Le président avait été élu sur un projet qui allait permettre un véritable changement par rapport à la décennie précédente. Et même si personne n’imaginait que les choses allaient être simples, même si je savais qu’il allait nous falloir affronter des conservatismes et des résistances, j’avais la faiblesse de penser que nous allions commencer rapidement à imposer le changement que tous nos électeurs attendaient. Nous l’avions écrit : justice sociale, impôt citoyen, banques rappelées à leur raison d’être, amélioration de la qualité de vie des jeunes, des classes moyennes ou populaires. Nous avions suffisamment dénoncé les affres de la droite au pouvoir pour ne pas vouloir faire totalement autrement !

Je voulais œuvrer à ce pour quoi j’avais voulu m’engager en politique « active » après 35 ans de vie professionnelle « normale ». Bref faire ce pour quoi j’avais été élu, en m’appuyant sur un parti qui partageait les orientations que j’avais développé au cours de la campagne et sur tous ces militants qui eux aussi y croyaient !

Trois ans plus tard…

3 ans plus tard que reste-t-il de tout cela ? Comment ne pas comprendre le désarroi de tous ces citoyens qui ont vu les promesses s’envoler et leurs conditions de vie se dégrader ? Comment ne pas comprendre ce rejet des politiques, quand le changement attendu n’a même jamais commencé, faute d’avoir simplement essayé !

La fierté que je ressentais ce 17 juin 2012 s’est transformée d’abord en désenchantement, puis je dois l’avouer, en un peu de honte. Honte de n’avoir pas vu plus tôt la réalité en face, de n’avoir pas tiré plus tôt la sonnette d’alarme parce que je voulais encore croire que les choses allaient changer. Et honte aussi de ces hommes politique dont les convictions varient au fil du temps simplement pour soutenir un gouvernement …même quand les décisions de ce gouvernement vont à l’encontre de ce qu’ils ont défendu devant les électeurs. Mais que restera-t-il à la fin de ce quinquennat ?

La fatigue aidant, vient parfois la tentation de tout laisser tomber. Mais je le sais au plus profond de moi, il n’est pas possible d’abandonner. Je le dois à tous ceux qui m’ont fait confiance, à tous ceux qui me font encore confiance. Et aussi parce qu’aujourd’hui ce n’est plus la honte mais l’indignation qui me motive. Je veux dépasser tout ça, je refuse cette conception de la société qu’on impose petit à petit dans les esprits pour mieux convaincre qu’il n’y aurait pas d’alternative. Bien sûr que si, il y a une alternative. Il y a toujours une alternative ! Sinon à quoi sert la politique ?

Je suis socialiste et je le reste !

Les mots ne suffisent pas, il faut des actes. Pour moi, ce sera une rupture. Et quand j’écris ce mot je pense à tous ces militants, tous ces sympathisants, qui m’ont soutenu tout au long de ces derniers mois. Pour eux, ce ne sera pas une surprise. Je suis socialiste, je le reste, mais ils le savent, je ne crois plus que le parti socialiste, en tant que structure politique, puisse être le moteur d’un nouveau rassemblement, d’un nouveau départ.

J’ai donc pris la décision, douloureuse, de quitter le Parti socialiste, mais aussi le groupe SRC à l’AN. Certains me disent que c’est une erreur. Les raisons invoquées sont nombreuses et parfois contradictoires. D’abord ceux qui pensent qu’il est préférable de rester unis au sein du PS…mais chacun voit les limites de ce combat que nous venons de mener pendant de longs mois sans véritables résultats, et surtout sans espoir réel de faire bouger les lignes. D’autres plaident pour un départ groupé, plus tard…toujours plus tard. Enfin il y a ceux, pour des motifs stratégiques qui me rappellent les longues traversées du désert de beaucoup parmi ceux qui ont osé s’affranchir d’un parti majoritaire. J’entends tout cela ! Mais ma décision est prise.

Et aujourd’hui je prends le risque, je fais le choix de la liberté, de l’indépendance, de la loyauté envers mes convictions et envers les électeurs qui m’ont élu en 2012. Je n’abandonne pas mes camarades. Je serai à leurs côtés à l’Assemblée nationale quand il s’agira de se mobiliser contre toutes ces orientations libérales que nous refusons.

Je ne bascule pas dans une opposition systématique. Je soutiendrai les projets de loi qui me sembleront aller dans le bon sens. Je continuerai à combattre la droite qui n’a aucune solution crédible pour les Français, si ce n’est la volonté de revanche de l’ancien président, ou une austérité accentuée pour répondre aux critères libéraux de Bruxelles.

Cette décision est dans mon esprit un nouveau départ. Je continuerai à user de ma liberté de penser, à user de mon libre arbitre…parce que j’ai encore l’espoir d’une gauche réconciliée avec elle-même, avec les citoyens, avec les Français ! Il est aujourd’hui urgent de réagir et de proposer une autre politique, mais aussi une image différente de celle-ci, basée sur l’exemplarité, la loyauté, la transparence et l’écoute des citoyens. C’est aussi comme cela que nous lutterons efficacement contre le FN et tous les populismes.

Répondre à la défiance et à l’indignation des citoyens

Je ne pars pas pour une aventure individuelle. Au contraire je vais maintenant me battre pour rassembler tous ceux, adhérents ou non à une organisation, qui croient qu’il est encore possible d’engager une démarche politique et citoyenne et de construire une société basée sur le respect des droits humains et environnementaux en s’appuyant sur des valeurs d’honnêteté, de liberté, d’égalité et de justice sociale.

Je vais m’y employer d’abord dans ma région, parce que je pense qu’il est indispensable de répondre concrètement à la défiance et parfois même à l’indignation qui règne chez mes concitoyens. J’annoncerai ainsi dans les prochaines semaines une initiative en ce sens.

Et je le ferai aussi au national parce qu’il est indispensable de fédérer toutes les énergies. Et elles existent ! Une recomposition est possible qui aille au-delà des partis et organisations politiques traditionnelles…sans pour autant les en exclure. Des initiatives sont en construction et j’en serai !

(14 commentaires)

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  1. Gallipas

    Bravo Philippe.
    Moi aussi j’ai cru pouvoir faire bouger le PS de l’intérieur : erreur grave.
    Quand nos dirigeants penseront aux gens avant de penser aux électeurs, la politique retrouvera une place normale dans la société et la défiance tombera.
    Tu as mon soutien.
    Amitiés,
    Pascal

  2. laurentC

    Je vous soutiens dans votre démarche. Bon courage.

  3. Jean Pierre

    Bravo !

    Le PS applique aujourd’hui la même politique que N Sarkozy : une logique libérale orientée vers la création de valeur pour l’actionnaire et une logique inégalitaire ou les très riches échappent à l’impôt. Aucun projet de société, aucune ambition si ce n’est de se maintenir “aux affaires” (dans les deux sens du terme)

    Votre initiative permet d’espérer d’autres alternatives qu’une déception programmée (le FN) ou une gauche certes vraie mais qui peine à sortir de rhétoriques anti fascistes et internationalistes datant de la guerre d’Espagne.

  4. christiank

    bravo Mr Nogues,

    enfin un homme politique qui ne se moque pas du peuple qui l’a élu. Puissiez faire des émules mais j’en doute car ce qui vous distingue c’est que vous n’êtes pas un professionnel de la politique. Vous êtes libre. Ce n’est pas le cas de tous ces députés, sénateurs, etc.. qui ont fait de la politique leur profession. Ces gens là ne raisonnent pas en terme de convictions mais en opportunités pour leur carrière. Ils font le lit du FN.
    Respect
    salutations républicaines

  5. marie

    enfin

  6. cahagne

    Monsieur Noguès : bravo !
    J’étais triste de voir les députés Bretons, de ma région, abonder dans le sens de ce qui se passe aujourd’hui au Parti Socialiste. Je n’attendais rien de Mme Appéré, c’est sûr, mais j’étais déçu de M. Ferrand et de son soutien à la loi Macron…
    Vous êtes bien courageux, et j’espère que vous allez initiez un mouvement de départ plus ample… Je ne vous connaissais que de nom… C’est désormais avec un oeil très bienveillant que je vous suivrais!
    Bonne chance pour la suite

  7. Victor

    Enfin quelqu’un qui assume !
    Ceux qui sont de gauche, comme moi, et ont été trahi comme jamais par ce gouvernement et ce président vous remercieront, j’espère.
    J’espère aussi que vous serez debout jusqu’au bout et il semble bien que vous vous ayez pris le chemin du refus du “pragmatisme” béat et stupide du PS.

  8. Jean-Claude Salaün

    Monsieur le Député, je vous envoie ce mot en voisin. Géographiquement d’abord, car j’habite Névez dans le Finistère. Politiquement ensuite, car votre geste me parait hautement significatif de ce qu’il faut faire aujourd’hui: rompre. Rompre avec des choix politiques au service des financiers et des banquiers, mais rompre aussi avec la politique telle qu’elle se fait (organisation verticale, reproduction des appareils, rupture entre le dire et le faire etc…). Je viens de vous écouter sur France inter et vos propos semblent aller vers ce à quoi, pour ma part, j’aspire. Sympathisant du Front de Gauche, je constate que celui-ci ne progresse pas et cela s’explique facilement à mes yeux. Il importe de rassembler le plus largement possible sur un projet et des propositions concrètes en rupture avec la société qui nous est imposée. Mais s’il ne s’agit que d’accords d’appareils, on n’ira pa

  9. Daniel HEURTAULT

    Cher ex-camarade,
    Le vrai courage eu été de démissionner de ton mandat de député que tu as obtenu grâce à la victoire de François Hollande en 2012!
    Bonne chance.
    Daniel Heurtault militant PS rennais fier de l’action gouvernementale.

  10. xavier

    Félicitations pour votre courage et votre cohérence. Ça fait plaisir de voir un député mettre en adéquation ses idées et ses actes.
    Fini le grand écart ! Puisse vos convictions trouver amis, lieux et partenaires pour réaliser la poursuite de votre travail pour plus de justice, d’égalité et de solidarité.
    il est des ruptures qui sont promesses de vie et de nouveauté.
    En tant que membres du CCFD-terre solidaire nous avons apprécié vos actions et votre collaboration sur la RSE
    merci de votre geste d’homme libre et chapeau !
    courage pour les semaines à venir !
    Cordialement

  11. Totor

    Bravo, je suis d’Hennebont et je pense qu’aux prochaines élections de nombreux citoyens vous soutiendront surtout si comme vous le souhaitez vous compter vous mettre à leurs écoute afin de réaliser un vrai dialogue politique au plus près des besoins des Français de gauche !

  12. lidou

    bon courage,j’espère que votre démarche en fera réfléchir d’autres,qui ont su prendre le train Hollande,mais en se laissant mener par une vague droitière qui n’était pas annoncée et que nous vivons comme une véritable trahison.Nous avons été trompés n’hésitez pas à passer votre (notre) message avec force pour essayer de redresser la barre!

  13. Cottin

    Bravo Monsieur! Votre courage vous honore!

    J’espère que vous serez rejoints par d’autres… là est notre seule chance de faire évoluer les choses dans le bon sens!
    Merci.

  14. Marteil Gilbert

    J’apporte mon soutien total à Philippe Noguès . Il honore la politique, en maintenant ses convictions et ses engagements à gauche, contre vents et marées… Il faut du courage aujourd’hui pour le faire.
    Car trop d’élus de gauche comme de droite se servent de la politique pour servir leurs intérêts personnels
    et non les intérêts des gens . Il est urgent de réagir.
    Bravo et Courage à vous ! Et aussi un grand merci.

    G. Marteil

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