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Mai 30

Cher(e)s camarades, prouvez moi que j’ai tort !

CONGRES 56Discours devant le Congrès départemental du Parti Socialiste du Morbihan

Chers camarades,

J’ai souhaité, j’ai espéré que ce congrès soit un congrès de clarification. Aujourd’hui, malgré les affirmations de certains, ce n’est manifestement pas le cas ! Il y a certes une motion majoritaire, mais pas de clarification du sens politique de cette période.

Les rédacteurs de la motion A l’avait d’ailleurs conçu dans le seul but de gagner ce congrès, comme un appel au rassemblement derrière le gouvernement, comme un appel à l’unité derrière l’appareil du parti

Ils ont convaincu ainsi une grande partie des militants qui sont encore là, une grande partie de ceux qui se battent encore, mais qui sont, il faut bien le constater de moins en moins nombreux.

Alors chers camarades de la motion majoritaire, il est temps de passer des mots aux actes !
Quel est le calendrier des réformes inscrites dans la motion qui a gagné ce congrès ? Quel est le calendrier de ces réformes que prétendent soutenir des députés, des sénateurs, des ministres qui n’ont eu de cesse de les combattre quand une partie d’entre nous les portaient à l’AN ?

J’aimerais me tromper…Mais franchement quel crédit peut-on accorder à ceux qui nous ont qualifié de frondeurs simplement parce que nous voulions faire respecter des engagements pris devant les électeurs ?

Je prends acte de ces scrutins. Mais je prends date aussi ! J’aimerais me tromper…Je crois malheureusement que ce congrès aura accouché d’une majorité hétéroclite et improbable. Au final, rien ne changera dans les mois à venir. La politique menée jusqu’ici sera poursuivie…Manuel Valls et plusieurs ministres n’en font pas mystère

En misant tout sur la chance, sur une hypothétique éclaircie mondiale qui serait la solution miracle, le président risque de perdre sur tous les tableaux : non seulement le pari est hasardeux mais les améliorations éventuelles de la situation économique ne seraient de toute façon pas portées au crédit du gouvernement par les Français. Et au final le cataclysme politique de 2017 que nous sommes nombreux à pressentir, sera le résultat inéluctable de nos renoncements et du non-respect répété de nos engagements.

Peut-être sauvegarderons nous la Bretagne lors des régionales de décembre, grâce à l’apport d‘une personnalité appréciée des Bretons. Mais beaucoup de régions vont tomber. C’est une évidence. Et cette hypothétique victoire ne sera de toute façon qu’un cache misère au niveau national.

« On ne remplace pas le socialisme par le pragmatisme ! ». Cette phrase de Christian Paul au cours des débats de ce congrès résume bien notre différence de conception des politiques à engager. On peut avoir le goût du concret, du résultat, de l’innovation. Je l’ai expérimenté tout au long de ma carrière professionnelle. Et c’est le sens aujourd’hui de beaucoup de mes engagements. Mais la politique sans principes est aride. Et si le présent nous aveugle, le passé nous éclaire. Il n’y aura pas de renouveau socialiste, chers camarades, si nous ne nous appuyons pas sur nos valeurs fondatrices pour construire notre avenir.

J’aimerais me tromper…Les fractures françaises aujourd’hui, si nous ne savons pas les guérir, annoncent des temps glaciaires. La carte de France de la progression du Front national vient de s’aggraver, alors que nous sommes au pouvoir depuis presque 3 ans. Et ce n’est pas seulement la carte de nos défaites locales, mais celle de l’affaiblissement de la France, de son industrie et de sa ruralité. C’est la carte des abandons de la République, de la pauvreté et du chômage de masse. Que faisons-nous? Georges Orwell a dit un jour : « Quand l’extrême droite progresse chez les gens ordinaires, c’est d’abord sur elle-même que la gauche devrait s’interroger ! »

Nous n’agissons pas à la mesure du drame français, le drame des vies précaires, des emplois détruits sans que d’autres les remplacent. Nous ne parlons plus à ceux que nous devons défendre, et qui dès lors, se détournent de nous. On me parle souvent de loyauté, mais la seule loyauté que je reconnais, moi, c’est celle que nous devons à nos idéaux et à nos électeurs !

Oui, il y a une alternative crédible à la tentation sociale libérale, n’en déplaise à tous ceux qui veulent nous persuader du contraire. Elle n’est pas portée aujourd’hui par la majorité au PS, et encore moins au gouvernement.

Alors, je veux continuer, avec d’autres camarades – j’en profite d’ailleurs pour remercier tous ceux qui se sont investis, battus avec moi, ici dans le Morbihan, pour défendre cette alternative et cette autre conception de la politique – Nous allons continuer à porter haut et fort les couleurs de cette gauche qui n’oubliera pas son histoire, ses valeurs, ses convictions, et qui saura aussi être efficace pour transformer réellement la société dans le sens du progrès.

Je m’y engage aujourd’hui devant vous. Parce que je n’avance pas masqué. Je ne l’ai jamais fait, et je ne le ferai pas. Même si cela me vaut des désaccords et des inimitiés de ceux qui n’apprécient pas ma volonté de transparence au nom de je ne sais quel intérêt supérieur du parti. Le seul intérêt supérieur c’est celui de la France et des Français. La politique ne peut plus se permettre ces petits jeux de plus en plus détestés des Français…et j’allais dire des européens quand on voit ce qui se passe en Grèce ou en Espagne. Oui il faut absolument être attentif et écouter les réactions des peuples, ici en France mais aussi de plus en plus à travers toute l’Europe.

Si nous ne trouvons pas des formes nouvelles à la démocratie, si les partis de gauche ne parviennent pas à se retrouver, si vient le temps des marchandages et des maroquins, où la Vème république dissimule la IVème, alors nous perdrons à la fois notre honneur et nos électeurs !

Je continuerai à user de ma liberté de penser, à user de mon libre arbitre…parce que je crois encore en l’espoir d’une gauche réconciliée avec elle-même, avec les citoyens, avec les Français !
Alors, chers camarades de la motion majoritaire, et à travers vous c’est au gouvernement que je m’adresse, je vous ai dit que je prenais date, je vous ai dit que j’aimerais me tromper ! Et bien, prouvez-nous que je me trompe, prouvez moi que j’ai tort !

 

(3 commentaires)

  1. Francis Rebuffé

    Philippe,
    Merci pour ce beau discours, pour cette belle conclusion du Congrès, de ce moment lucidité et de courage, de ce samedi et qui permet de ne pas désespérer complètement de notre parti et de ses nouvelles orientations. . Face à cette motion majoritaire dont l’attitude fait penser au Marais de la Convention, tu as rappelé avec justesse l’enjeu: ce que risque de nous coûter le non-respect des engagements pris devant les électeurs qu’on va sans doute payer très cher…

  2. Karen

    Monsieur le Député,
    Je tiens à vous exprimer avec beaucoup de sincérité à la fois mes félicitations et mon soutien.
    Félicitations pour le choix que vous avez fait de quitter le PS.
    Soutien pour toutes les actions et combats que vous menez.
    J’apprécie hautement votre intégrité et votre fidélité aux idées et au programme pour lesquels vous avez été élu.
    Malheureusement, ce n’est pas le cas pour nombre de vos collègues, élus par les électeurs de gauche, qui siègent à l’Assemblée Nationale.
    J’espère pourtant que, parmi les frondeurs (et les autres), beaucoup seront à vous suivre avec courage, dignité et conscience.
    Je lis attentivement les lettres d’information que vous publiez ; vos prises de position, vos paroles, vos actes, sont ceux d’une vraie politique de gauche, respectueuse des électeurs et fidèle aux engagements pris.
    Les qualités qui vous animent dans votre façon de remplir votre mandat sont devenues rares.
    Je ne suis pas la seule à m’en rendre compte et à le penser. Je voulais par, ce message, en témoigner.
    Je vous renouvelle mes compliments et mon soutien inconditionnel tant que vous remplirez votre mandat avec le même discernement, le même courage et la même détermination.
    Sachez, Monsieur le Député, que j’ai pour vous un grand respect : vous avez toute ma confiance et toute mon estime.
    Bonne continuation dans votre combat pour un monde meilleur.
    Souhaitant que d’autres vous rejoignent et que vous soyez nombreux à oeuvrer dans l’hémicycle pour que la Gauche se souvienne des valeurs qu’elle porte, je vous adresse mes sincères salutations.

  3. Lenoir

    Bonjour Philippe Noguès

    Dans ce combat pour la démocratie, vous venez de gagner une bataille.
    Je porte le plus grand respect aux hommes courageux qui ont la dignité d’aller au bout de leurs convictions, qui ont le respect de la parole donnée, et qui font fi des mensonges et des tromperies de bas niveau.

    En démissionnant de ce parti, qui n’est plus le représentant du peuple que nous sommes et qui a porté un temps nos espérances, vous faites preuve de grand courage et confirmez ainsi l’estime qu’on vous porte.

    Malheureusement vous êtes tout seul, vos collègues, sans aucun doute plus près de leur carrière que du peuple, n’ont pas fait le même choix et c’est déplorable.

    Il serait temps de ré-affirmer ce que veut dire “représentant du peuple” .

    Il serait temps aussi de mettre un terme aux promesses électorales devenues mensonges le lendemain des élections par une modification de la loi.

    Tout homme politique élu sur des promesses et qui ne tiendrait pas parole devrait être automatiquement condamné et inéligible à vie.

    En attendant je vous renouvelle ma confiance et je saurai, le moment venu, vous porter tout le soutien nécessaire.

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