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Sep 17

“Vote de confiance : on a passé la journée avec un frondeur” – Article du Nouvel Obs

Le “Nouvel Obs” a accompagné le député PS Philippe Noguès de son café matinal au résultat du vote. Récit.

Le député PS frondeur Philippe Noguès, à l'Assemblée nationale le 16 septembre 2014 (Le Nouvel Observateur)
Le député PS frondeur Philippe Noguès, à l’Assemblée nationale le 16 septembre 2014 (Le Nouvel Observateur)
Philippe Noguès ne se fait aucune illusion. “Aujourd’hui, il ne peut rien se passer”, prédit d’ores et déjà, depuis la terrasse d’un café qui fait face au Palais Bourbon, le député socialiste frondeur du Morbihan. Dans quelques heures, ce mardi 16 septembre, Manuel Valls prononcera dans l’hémicycle un discours de politique générale suivi d’un vote de confiance à l’issue vraisemblablement serrée mais positive.Elu dans la foulée de l’élection de Hollande, frondeur de la première heure, Philippe Noguès, lui, s’abstiendra : “J’étais prêt à opter pour le contre”, précise le Breton de 59 ans. Le 8 avril, il n’avait pas voté la confiance au gouvernement. Le ministre des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, a alors bien tenté de le raisonner. Puis il y a eu ce SMS du patron du groupe Bruno Le Roux. Les choses se sont arrêtées là. Il en sourit aujourd’hui : “Ils ont dû comprendre que j’étais irrécupérable”.

8h45 – Au café le Bourbon : expresso amer avant une journée marathon

Dans quelques minutes, une réunion du collectif “Vive la gauche”, qui fédère les socialistes contestataires, sera pour les frondeurs l’ultime occasion avant le scrutin de convaincre les indécis.

En attendant, le député s’agace, entre deux gorgées de café, du discours de mise chez les légitimistes :”Rien ne m’énerve plus que d’entendre dire que nous sommes contre l’entreprise”, soupire-t-il, le doigt pointé sur le petit ouvrage qu’il a publié voilà un an, intitulé “Responsabilité sociale des entreprises” (*). Et n’allez pas lui parler politique de l’offre : “Des patrons de TPE et de PME viennent me dire que leur carnet de commande n’est rempli qu’à 50%, la consommation est à la baisse, les gens n’arrivent plus à payer…”

9h10 – Direction la réunion des frondeurs

Tandis que Claude Bartolone ou Pierre Moscovici prêchent la bonne parole gouvernementale sur le chemin qui les mènent au séminaire du groupe socialiste, les contestataires affûtent leurs arguments à huis clos. Le député aubryste de la Nièvre, Christian Paul, ouvre le bal. C’est parti pour deux heures de prises de parole. Philippe Noguès, lui, fustige cette politique qu’il juge “coûteuse, inéfficace et injuste”. “J’ai dit que nous étions des résistants de la ligne de 2012. Des résistants à la porosité des idées libérales. Ce sont eux qui ont frondé, pas nous”, relatera-t-il un peu plus tard, pas peu fier de sa formule.

11h – Retour au Bourbon : “30 absentions, ça serait bien”

Nouveau café, même impression : 41 abstentions dans les rangs socialistes, comme lors du vote sur le programme de stabilité fin avril, au plus fort de la fronde ? “Ce serait un vrai succès”, estime Philippe Noguès, qui mise plutôt sur “une trentaine” d’abstentionnistes. Certes, de nouvelles têtes se sont invitées, ce matin, chez les frondeurs. Mais les montebourgeois Arnaud Leroy (Français de l’étranger) et Patrice Prat (Gard), qui avaient choisi l’abstention début juillet sur le budget rectificatif de la sécu, ont eux opté pour un soutien au gouvernement. A quelques encablures de là se tient toujours le séminaire du groupe socialiste, auquel Noguès ne se rendra pas.

L’ambiance est de plus en plus tendue. Aujourd’hui, deux lignes se dégagent clairement”.

Le député morbihanais s’en retourne dans son bureau, répondre à ses mails et disserter sur le “rejet du politique” avec son assistante parlementaire. Loin du brouhaha de la salle des Quatre colonnes et des concours de pronostics.

13h – Un parmentier de veau sauce hollandaise

C’est attablé devant un parmentier de veau arrosé d’un verre de rouge que le député frondeur évoque ses terres – hollandaises ! – du Morbihan. Son opposition à la ligne économique du gouvernement y divise les militants. Un peu moins les sympatisants, dit-il. “Au supermarché, certains m’arrêtent, me disent : ‘Il faut vous accrocher'”. Mais Philippe Noguès n’est pas du genre angoissé. Bruno Le Roux peut bien agiter la menace d’exclusion du groupe envers les socialistes tentés par un vote contre. “Si ça devait arriver, ça ne m’empêcherait pas de vivre…”

15h – Dans l’hémicycle : “Gouverner, c’est respecter ses engagements”

Comme ses amis frondeurs, Philippe Noguès n’applaudira pas Manuel Valls. “Gouverner, c’est résister. Gouverner, c’est tenir. Gouverner, c’est réformer…”, lance ce dernier dans une anaphore dont il est désormais coutumier. “Gouverner, c’est respecter ses engagements”, oppose en lui-même le Breton au locataire de Matignon. “Je n’ai pas appris grand chose neuf…”, réagit-il à l’issue de l’allocution qui ne l’aura, sans surprise, pas convaincu.

18h45 – 32 abstentions : “Une bonne base de discussion”

Avec 268 voix pour et 244 contre, Manuel Valls obtient la confiance de l’Assemblée avec une bien courte avance. Verdict : 32 défections dans les rangs socialistes. Un résultat fidèle aux prédictions de Philippe Noguès, plutôt satisfait de cette “bonne base de discussion”. Direction un plateau télé pour un débat face au député UMP Franck Riester. Sur le terrain économique, ces deux-là n’ont rien en commun. Aujourd’hui, ils ont pourtant bien failli voter de concert…

Audrey Salor

(*) Edité par la Fondation Jean Jaurès

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