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Juin 23

“Députés. Voix discordantes au PS”, interview croisée dans le Télégramme

Élus tous deux à l’Assemblée nationale il y a tout juste deux ans, les socialistes Philippe Noguès (Hennebont) et Gwendal Rouillard (Lorient) incarnent la fracture qui touche aujourd’hui le PS, entre une majorité faisant bloc derrière le gouvernement et une frange d’élus réclamant un virage à gauche. Tous deux défendent ces lignes opposées.

télégramme - 2 ans“Sans rééquilibrage de la politique économique, on va droit dans le mur”

Gwendal Rouillard et vous, appartenez-vous toujours à la même majorité ?
Philippe Noguès : Je fais partie de la majorité. Après, nous avons deux manières différentes de concevoir les choses. Avec d’autres députés, je me place dans l’optique d’infléchir économiquement la politique menée par le gouvernement de François Hollande, car nous considèrons qu’il y a plus de risque, pour la gauche comme pour le pays, à continuer dans cette voie plutôt qu’à changer de politique.

Le gouvernement mène-t-il une politique de gauche ?
Le gouvernement mène aujourd’hui une politique sociale libérale, qui ne correspond pas à celle annoncée durant la campagne présidentielle. Nous, nous souhaitons mener une politique sociale-démocrate. Aujourd’hui le gouvernement met 90 % du budget sur l’offre, c’est-à-dire pour les entreprises. J’ai fait 35 ans d’entreprise : je sais bien qu’il faut les aider, que ce sont elles qui créent de l’emploi. Le projet du gouvernement prévoit 41 milliards d’aides aux entreprises, et cinq pour les ménages. Je pense que si les aides aux entreprises sont mieux ciblées, on peut faire aussi bien avec seulement 22 ou 23 milliards, et aider davantage les ménages et les investissements locaux. On ne demande pas une politique d’extrême gauche, mais un rééquilibrage. Car sans investissement, et sans consommation, on va droit dans le mur.

Que ferez-vous si vous n’êtes pas entendu ?
Aujourd’hui, je ne sais pas si je voterai le projet de loi de finances. Il faudra voir si le gouvernement écoute ou non nos propositions. Pour l’instant, on ne veut pas sortir de la majorité, on veut la sauver. C’est dur de sortir la tête, on a des pressions, ça crée des tensions… Mais au bout de deux ans, j’ai appris à surmonter certaines inquiétudes et doutes. Je défends des convictions plutôt qu’un appareil.

Quel est votre regard sur les mouvements des cheminots et des intermittents ?
Sur la réforme ferroviaire, la position de la CGT est un peu extrémiste par rapport à ce qu’il y a dans la loi : il n’y a pas de quoi mettre le feu au pays pendant une semaine, car rien ne remet en cause le statut du cheminot et qu’au contraire la loi prépare les directives européennes à venir. Quant aux intermittents, c’est délicat car on est sur un accord social, signé par les syndicats. J’ai écrit la semaine dernière à François Rebsamen pour qu’on essaie d’améliorer les choses sur le différé d’indemnisation, et pour que la convention ne soit pas remise en cause tous les six mois. En tout cas, il faut sauvegarder ce régime des intermittents.

Et sur le redécoupage des régions ? Quelle possibilité pour la Bretagne ?
Je plaide avec quelques autres comme Joël Labbé et Ronan Dantec, pour une fusion des régions Bretagne Pays-de-Loire, avec des assemblées territoriales, dont une regroupant les cinq départements bretons, avec des compétences spécifiques, comme par exemple le tourisme ou la culture bretonne. Aujourd’hui, la loi permet cette solution. Mais je ne crois pas à la possibilité d’une assemblée de Bretagne, avancée par Jean-Yves Le Drian, qui est un leurre. Si le gouvernement accepte de lever le droit d’option pour la Loire-Atlantique, on ne s’en sortira pas, car les demandes viendront de partout en France.

Vous vous êtes beaucoup investi sur la responsabilité sociale des entreprises. Pour quels résultats ?
Je suis à l’origine d’un projet de loi qui vise les donneurs d’ordres vis-à-vis de leurs sous-traitants à l’étranger : l’idée est d’instaurer un devoir de vigilance pour éviter d’autres catastrophes telles que le Rana Plaza au Bangladesh et ses 1.300 morts, avec un arsenal de sanctions civiles et pénales. Cette proposition de loi a été reprise par les trois autres groupes de gauche, et soutenue par les cinq centrales syndicales et des ONG. Ça, ça peut être un vrai marqueur de gauche ! Aujourd’hui, le gouvernement freine ce projet de loi, sous l’influence du Médef et de l’Afep. Mais on se bat pour qu’il aboutisse, même si mes positions récentes n’arrangent peut-être pas les choses…

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télégramme 2 ans G.rouillard

« Il n’y a pas une autre politique à gauche »

Des députés socialistes – le groupe des « 41 » – font entendre bruyamment leur différence en refusant de voter des textes majeurs. Comment jugez-vous cette défiance ?

Nous sommes à un moment de vérité pour la gauche et le pays. Pour le PS, car on gagne ou on perd ensemble. C’est la règle démocratique. Ceux qui pensent se sauver seuls se trompent. Le président et le gouvernement font les bons choix même si nous devons accélérer le soutien aux entreprises, veiller à la relance de l’investissement et soutenir les ménages. Il faut tenir la barre dans la tempête. J’entends beaucoup parler des « 41 » – je peux comprendre la sincérité de leur conviction – mais leur posture cache d’autres objectifs. Certains souhaitent la défaite de François Hollande. Que les masquent tombent, surtout chez ceux qui ont des ambitions à l’approche du prochain congrès du PS. Moi je préfère parler des 260 députés besogneux, qui sont loyaux, tout en étant critiques. Des mesures ont été prises sur l’impôt sur le revenu, sur la baisse des cotisations sur les salaires… Je n’ai pas de leçon à recevoir des « 41 » sur la justice fiscale et sociale. Il faut réduire la dette. C’est le premier budget de l’État (47 milliards €/an de remboursement de la dette). Le modèle n’est plus soutenable. Il faut l’assumer. Et la compétitivité des entreprises est la clé. Il faut muscler notre soutien à ce secteur, autrement, c’est la fin des industries en France. Nous avons l’obligation de réussir le pacte de responsabilité et de solidarité. Ceux qui pensent qu’il y a une autre politique à gauche se trompent.

Y a-t-il un effet Manuel Valls ?
J’ai milité pour l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. Il incarne la République, l’autorité et une orientation social-démocrate assumée. La clé de sa méthode est le dialogue. C’est indispensable.

Justement, le gouvernement bute sur deux dossiers chauds : les intermittents et la grève SCNF.
Sur la SNCF, je ne comprends pas cette grève car le projet de loi permettra, en partie, de garantir la pérennité de la SNCF et RFF. C’est le retour de l’Etat stratège. Reste la question de la dette de la SNCF, il est vrai. Mais cette grève n’est pas justifiée. Certains syndicats devraient s’attacher, d’abord à la résolution des conflits plutôt que les attiser. Sur l’intermittence, le gouvernement a raison d’agréer un accord validé par le Medef et trois syndicats. Pour autant, je comprends l’inquiétude des intermittents car l’accord ne règle pas tout. Le gouvernement le sait et va mobiliser un fonds de compensation dès le 1er juillet. Prenons le temps les prochains mois de trouver des solutions pérennes car le dossier reste sur la table. Il faudra aussi rappeler que des entreprises de production profitent du statut des intermittents pour pratiquer la précarité. Des abus existent aussi dans la profession. J’en appelle à l’esprit de dialogue et de responsabilité.

Sur le découpage territorial, êtes-vous pour le statu quo en Bretagne (choix du gouvernement) ou pour l’intégration de la Loire-Atlantique (Nantes) ?
Je milite pour la République des territoires car ils représentent un levier de développement et de solidarité. J’approuve la stratégie d’ensemble du gouvernement : façonner un couple région/intercommunalité. Second point : c’est le territoire qui fait la carte et pas l’inverse. Il faut une cohérence entre le territoire vécu et perçu par la population et la nouvelle organisation. La population a besoin de s’appuyer sur des repères solides. Les sondages récents indiquent, par ailleurs, qu’une majorité de Bretons est opposée à la fusion Bretagne/Pays de la Loire. C’est à méditer. Sur le plan économique, je reconnais que les métropoles peuvent être des locomotives à condition qu’elles n’oublient pas les autres territoires. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Je demande à voir car dans le passé j’aurais aimé que Brest, Rennes et Nantes nous respectent davantage. Le pays de Lorient doit se faire respecter tout en assurant sa capacité à soutenir ses entreprises sur le marché européen et à l’international (secteur naval, université, énergies marines…). La carte ne doit pas être une fin en soi, c’est l’appartenance qui compte. Mais je suis frappé par la combativité des acteurs lorientais. Et c’est cette priorité que je défends avant tout.

Les élus locaux s’alarment de la baisse des dotations de l’Etat. Est-ce inéluctable ?
Je comprends cette inquiétude. Je suis aussi un élu local. J’ai fait une proposition : il faut initier une nouvelle génération de contrat de projets entre l’État et les collectivités locales. La France a besoin d’un nouvel outil de dynamique. Un premier volet doit favoriser la contractualisation sur la maîtrise de leur budget de fonctionnement. Aujourd’hui, c’est du coup par coup. Il faut une négociation. Chacun doit s’exprimer sur ce dossier car les élus ont besoin de visibilité. Le second volet concerne l’investissement et la définition des priorités. Le saupoudrage, c’est fini. Exemple dans le domaine de la transition énergétique. Le pays de Lorient a une carte à jouer, notamment dans le domaine des énergies renouvelables (éolien flottant à Groix avec DCNS) et le développement des matériaux composites. Ce pays peut crever de l’esprit de boutique. Il faut créer des convergences. Ce contrat de projets peut en être l’un des leviers.

 

(1 commentaire)

  1. Le Nouën christian

    SOUTIEN A PHILIPPE NOGUES

    Juste un mot d’abord pour gwendal Rouillard.
    En tant que militant socialiste j’ai rencontré à plusieurs reprises gwendal et je suis très attristé de voir comment un député de base a pu se fourvoyé à ce point pour défendre une politique économique injuste et inefficace uniquement pour faire une carrière politique dans la ligne de Le Drian .

    En ce qui concerne la SNCF, je suis atterré par LA DESINFORMATION organisée par VALS et son gouvernement. En tant qu’ancien responsable de la SNCF je me suis toujours élevé contre la libéralisation des chemins de fer En Europe qui ne visait qu’à introduire la concurrence dans un service public. C’est aux yeux de tous les Economistes maintenant une grave erreur puisque le trafic de tous les chemins de fer Européens n’a cessé de diminuer (50 % pour le Fret SNCF en 10 ans) sans compter la qualité du service et surtout les accidents .
    En rapprochant RFF et la SNCF nous ne faisons qu’un dixième du chemin puisque la dette en 97 qui était de 20 Milliards d’Euros passera à plus de 60 Milliards en 2020. C’est cette dette que nous aurions dù effacer en 97 comme l’a fait la DB Allemande.
    Le paradoxe est que nous êtions le premier chemin de fer en Europe en 91 et nous abandonnons devant le chemin de fer Allemand parce que nous n’avons plus la volonté d’une croissance entrainé par notre dette.
    La SNCF se trouve dans la même position que la France. le boulet de la dette nous entraîne par le fond.

    POUR PHILIPPE NOGUES
    Il ne fait de doute pour personne que deux lignes bien différentes s’affrontent à l’intérieur du Parti Socialiste :
    – une ligne prônant la politique économique de l’offre autrement dit la LIGNE LIBERALE imposé par Bruxelles et surtout par Merkel et auquel Hollande a souscrit complètement qui vise par le pacte de stabilité à être en dessous des 3 % de déficit Budgétaire et a diminuer le fardeau de la dette ce qui se révèle impossible dans une période de crise économique comme on le voit pour tous les pays du Sud de l’Europe (grèce, Espagne, Portugal, Italie)

    – Une ligne Social Démocrate à laquelle le SPD allemand souscrit complètement ainsi que le premier ministre Italien qui demande à relancer la croissance en Europe sans quoi rien n’est possible.
    Malgré les aides aux Entreprises de 45 Milliards d’Euros sans contrepartie, notre croissance restera nulle car il n’y a aucune demande ; les carnets de commande restent vides avec la diminution de la consommation , des salaires , des retraites et des prestations sociales.
    Il n’y a donc QU’UNE SEULE POLITIQUE POSSIBLE : UNE POLITIQUE DE RELANCE espérée par les Etats Unis, par le FMi et par beaucoup d’Economistes comme joseph STIGLITZ prix nobel d’Economie qui nous dit que notre politique actuelle nous fait perdre 1,5 point de croissance et donc augmenter de plus en plus le chômage en France.
    L’action de notre député PHILIPPE NOGUES s’inscrit totalement dans cette démarche c’est pourquoi
    j’appelle l’ensemble des militants et des sympathisants du PS du Morbihan à soutenir l’action de Philippe.

    Contre l’appareil de la Fédération aux mains des apparatchiks du PS il est temps de montrer que nous ne sommes plus minoritaires pour défendre l’intérêt général de nos concitoyens.

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