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Mai 03

Interview Télégramme – Philippe Noguès. “Porter une nouvelle voix”

!cid_5CD05EB8-E98E-4AD2-9319-92778D5804B4@home2 mai 2014 / Propos recueillis par Pierre Chapin /

Après s’être démarqué de la ligne du Parti socialiste en ne votant pas la confiance à Manuel Valls lors de son investiture, le député Philippe Noguès s’est à nouveau abstenu lors du vote du plan d’économies, mardi soir, à l’Assemblée nationale. Une forme d’entrée en dissidence qui mérite quelques explications.



Pourquoi vous être abstenu lors de ces deux votes censés être cruciaux pour la relance du quinquennat de François Hollande ?

J’estime qu’on mène aujourd’hui une politique économique déséquilibrée, et dangereuse économiquement car elle risque d’étouffer l’ersatz de croissance qui semble pouvoir apparaître. On va supprimer de la consommation, diminuer des investissements, au détriment des classes moyennes et populaires, même si le Premier ministre nous a un peu entendus avec des modifications qui vont dans le bon sens. Non seulement ces 50 milliards d’économies vont étouffer la croissance, mais ils seront essentiellement utilisés pour baisser les cotisations patronales. 30 milliards d’allégements, on considère que c’est très exagéré, d’autant que cet argent, on le donne aux entreprises sans le moindre ciblage, entre les PME qui en ont vraiment besoin et la grande distribution par exemple. Et le tout, sans contreparties réelles, alors qu’on pouvait, au moins, obtenir une meilleure implication des salariés dans la gestion de l’entreprise.

 

Ce vote est donc un échec à vos yeux ?
Non : pour nous, c’est le début d’une évolution. Nous sommes 41 à nous être abstenus, mais nous sommes plus nombreux que ça à avoir la même conception des choses. Donc on va continuer à se réunir, à porter ça en interne et à faire des propositions sur les prochaines lois de finance, pour essayer d’infléchir la politique du gouvernement. Car une autre voie économique est possible.

Vous avez subi des pressions ces derniers jours ? Sentez-vous une hostilité dans le groupe socialiste à votre égard ?
Il y a eu une pression très forte toute la journée de mardi. De la part du Premier ministre, disant qu’on était à un moment historique, que si on ne faisait pas le bon choix on aurait à en subir les conséquences, etc. Un message aussi porté par les ministres, le président du groupe… On a reçu des SMS, des appels téléphoniques pour tenter de nous faire changer d’avis. Moi, j’ai fini par couper mon portable !

Vous êtes entrés en dissidence ? Mardi, Bruno Le Roux, patron du groupe PS à l’Assemblée, invitait les abstentionnistes à « tirer les conclusions » de leur vote…
Non, on est toujours au Parti socialiste. On nous avait parlé de sanction avant, rien n’est venu. Et aujourd’hui, je n’y crois pas trop non plus, car perdre 41 députés, ça paraît compliqué… De toute façon, ce n’est pas ça qui m’aurait fait reculer : je fais de la politique pour des convictions et pas seulement pour être élu ou réélu. Bien sûr, les militants sont dubitatifs car ils ont peur pour l’appareil, pour le parti. Mais je reçois aussi les félicitations de gens qui sont contents que quelque chose existe enfin entre le gouvernement et Mélenchon. On est là pour porter une nouvelle voix, une autre politique, équilibrée entre l’offre, le pouvoir d’achat, la consommation, les investissements.

On a beaucoup parlé, en début de mandature, d’un « Breizh power », d’une unité entre députés bretons qui a fait pencher la balance sur quelques dossiers comme l’écotaxe. Cette unité n’est aujourd’hui qu’un souvenir ?
Moi, j’ai toujours été un peu dubitatif là-dessus : je suis député de l’Assemblée nationale, même si je travaille pour ma circonscription et pour défendre des dossiers locaux. Si chaque région commence à faire une mini-assemblée nationale pour défendre ses intérêts, on ne s’en sort plus. Donc, oui, il y a eu une petite fracture dans notre conception des choses. D’autant que j’étais seul Breton sur cette ligne, même si Richard Ferrand (circonscription de Carhaix) m’a rejoint en s’abstenant lui aussi mardi.

Quels sont vos rapports avec la Fédération socialiste aujourd’hui ?
La fédération a annulé la Fête de la rose du 1er mai. Je reste sur la même position : c’est une bêtise. J’ai donc mis en place un repas républicain, avec autant d’inscrits qu’au repas de la Fête de la rose de l’année dernière, où il y avait l’ensemble du Morbihan, alors que là, ça ne concernait que la circonscription ! Je n’ai eu aucun contact avec la Fédé depuis cet épisode. Ça ne me pose pas de problème particulier.

Comment voyez-vous la suite de votre mandat ?

Si je dois faire un bilan des deux premières années, je vois un clair-obscur. Mais avec surtout l’obscur qui ressort dans l’esprit des citoyens, et qui s’est exprimé lors des municipales. Donc il faut maintenant basculer du côté de la lumière, avec une autre politique. On peut infléchir les choses. On sera là pour dire ce que l’on souhaite et faire les propositions. Il faut maintenant que l’on arrive à convaincre.

 

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