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Mai 24

« La responsabilité sociale des entreprises, un enjeu moral mais aussi économique »

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J’intervenais hier au 5ème Forum Mondial des Droits de l’Homme de Nantes, dans le cadre d’une table ronde sur la responsabilité sociale des maisons-mères vis-à-vis de leurs filiales et de leurs sous-traitants à l’étranger. Nous avons notamment débattu de la situation préoccupante du delta du Niger, et de l’actualité politique autour de la RSE.

 

Voici un extrait de mon discours:

Le scandale de l’ERIKA est un bon exemple de la responsabilité des maisons-mères vis-à-vis de leurs filiales. Les conséquences en matière de droits de l’Homme et les conséquences environnementales n’atteignaient pas l’ampleur des problèmes du Delta du Niger, mais la question de la responsabilité du groupe Total s’est longtemps posée […]. Elle nous rappelle que la question de la responsabilité des maisons-mères ne se pose pas que dans des cas de relation Nord-Sud. […]

Je constate trop souvent un dialogue de sourd entre les ONG et les entreprises : les entreprises considèrent trop souvent, à tort, qu’il s’agit d’un problème strictement moral, ou pire d’une gentille utopie sympathique mais pas pragmatique dans un contexte de crise économique, etc. A l’inverse, les ONG n’intègrent pas toujours leurs revendications dans un cadre économique, ce qui est pourtant – qu’on le regrette ou pas – indispensable.

J’insisterai donc sur l’importance du discours et des arguments, pour faire accepter l’idée que l’intérêt général passe par une responsabilité des maisons-mères vis-à-vis de leurs filiales, y compris l’intérêt général économique. Il ne faut pas lâcher les argumentaires de défense des droits de l’homme, mais il faut également investir le terrain du discours économique.

La responsabilité sociale et environnementale des entreprises est un enjeu moral mais aussi économique. Tout comme il existe un dumping social, il existe un dumping sur les droits de l’homme et les normes environnementales. Avec derrière, toujours en filigrane, une dilution organisée de la responsabilité.

Aujourd’hui rien n’empêche une entreprise d’aller choisir une PME à l’étranger, avec tous les risques majeurs que ça comporte en matière environnementale et de droits de l’homme notamment, plutôt qu’une PME engagée dans une démarche RSE en France. Le jour où la maison-mère pourra être tenue juridiquement responsable en France pour les atteintes aux droits de l’homme et les conséquences environnementales d’un accident industriel commis par l’une de ses filiales à l’étranger, alors elle sera obligée de prendre en compte le risque juridique et financier que ça implique. On se rendra compte, alors, que les PME françaises sont finalement assez compétitives dès lors qu’on a une approche globale du risque (financier et extra-financier).

Outre son cout humain et environnemental inacceptable dans les pays où il est pratiqué, ce moins-disant généralisé pénalise la compétitivité de notre économie. […]

En bref, il faut que nous réussissions à faire comprendre que la non-responsabilité des maisons-mères est une anomalie, un non-sens moral, politique et économique qui va à l’encontre aussi bien des intérêts des populations qui en sont victimes que de nos propres intérêts, ici, en France et en Europe.

J’aimerais terminer en évoquant avec vous les perspectives d’avenir. Je ne sais pas si vous avez écouté la conférence de presse de François Hollande la semaine dernière, qui a dit vouloir – je cite – Promouvoir un modèle fondé sur la performance économique, mais aussi sur la RSE. Je crois que c’est la première fois qu’un président de la République s’engage sur le sujet et c’est un signe hautement encourageant. Je peux témoigner également que les différents ministères concernés sont attentifs au sujet, et j’ai bon espoir qu’on aboutisse rapidement à un texte de loi. […]

(3 commentaires)

  1. Gerbine

    Vue la concurrence et les défis qui s’imposent aux entreprises, la publicité et la qualité des produits ne suffisent plus pour permettre à une entreprise d’être classée leader sur un marché ou encore de réaliser un chiffre d’affaires important. tant de preuves existent où les clients préfèrent effectuer leurs achats dans une entreprise responsable le permettant ainsi de participer au développement local ou à son environnement. la RSE n’est donc plus une option pour une entreprise mais plutot une obligation, c’est pas seulement un risque pour les entreprises qui n’intègrent pas encore ce concept dans sa gestion c’est un danger. Ce sont des actions de ce genre que devhope.com encourage.

  2. KRASKA Nelly

    Je soutiens le commentaire ci dessus, en invitant l’état à stimuler le consommateur à consommer donc “responsable”, les entreprises étant animer par le profit seraient donc solliciter pour le faire, car dans l’autre sens je crains fort que cela ne fonctionne pas. Je pense qu’une éducation dans ce sens est nécessaire pour que le consommateur impose à l’entreprise des nouveaux besoins et non à l’entreprise d’inventer les besoins de celui ci. Et en pensant proximité, collectif et responsabilité

  3. FREHEL - LE BELLER

    Tout à fait d’accord avec le texte ci-dessus.

    Je suis membre du CCFD TERRE SOLIDAIRE – Depuis de nombreuses années le CCFD a engagé un
    combat contre les Paradis Fiscaux –

    et la responsabilité sociétale des entreprises ou RSE constitue l’un des axes prioritaires du Rapport d’orientation 2008-2012 au CCFD-Terre Solidaire.

    J’espère que le Gouvernement posera des actes forts concernant ce problème que vous avez bien évoqué.

    Merci –

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